De la maltraitance... et de quelques champignons et shadoks qui traînent dans les parages en cette fin octobre
dimanche 26 octobre 2008
par Jérôme P.

Avant tout, un témoignage, envoyé par un lecteur. Ou comment tout un service, et derrière lui toute une culture hospitalière, et derrière elle toute une culture, et derrière elle toute une société, peuvent donner à une vieille personne vulnérable le sentiment qu’elle n’est plus une citoyenne, voire qu’elle n’est plus une personne. A lire absolument - en dit plus sur la maltraitance que bien des essais...

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Difficile justement ces derniers temps d’y voir toujours bien clair dans les discours entendus de-ci de-là sur ces questions de maltraitance. Difficile notamment du fait de dialogues de sourds qui proviennent de ce que chacun ne réfère pas, sous le même mot, aux mêmes types de faits.
Un soignant viole une vieille dame. Maltraitance.
Une aide-soignante, seule la nuit dans un établissement de plusieurs dizaines de résidents, n’accompagne pas toutes ces personnes aux toilettes quand il le faudrait. Maltraitance.
Alors, si je pense à la première et que j’entends dire qu’il faut simplement plus de formations... malentendu.
Et si je pense à la seconde et que j’entends dire qu’il faut punir, malentendu.
Quelques petites réflexions sur le sujet pour tenter, donc, d’être plus précis et d’éviter les malentendus.

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Champignons germaniques en cette fin octobre : En Allemagne, un grand projet a été lancé : fournir à des chômeurs une (sous-)formation d’une durée à peu près équivalente à 1/5e de celle des aides soignantes pour pouvoir faire office d’aide-soignante auprès des personnes atteintes de syndromes démentiels.
"On ne va pas soigner les malades souffrant d’Alzheimer avec des coloriages, des lectures et des petites promenades", a réagi Helmut Wallrafen-Dreisow, du Kuratorium pour l’aide aux personnes âgées. Non, on ne va pas les soigner ainsi, ni même en prendre soin, mais on va les occuper juste assez pour se donner socialement bonne conscience tout en trichant avec les chiffres du chômage."

Oui, de belles perspectives d’avenir que ces sous-emplois à des personnes considérées comme de sous-travailleurs pour des personnes malades considérées comme de sous-malades. Etonnant que Xavier Bertrand n’y ait pas encore pensé.

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Shadoks gaulois, avec cette obsession qui revient régulièrement dans les discours justement de X. Bertrand, de V. Létard, etc. : "On peut estimer que la dépendance liée à l’avancée en âge est un risque prévisible..."

L’enjeu d’un telle affirmation est d’importance.
Si la "dépendance" est un risque prévisible, cela impliquerait, d’après les Bertrand, Létard, Marini et consorts, que ce risque-là ne doit pas être un risque de sécurité sociale mais un risque contre lequel chacun se doit de s’assurer individuellement.

Soulignons au passage l’originalité de ce principe implicitement affirmé : " prévisibilité = assurance privée ". A suivre ce principe-là, en effet, le fait d’avoir un enfant étant statistiquement bien plus prévisible pour une femme que celui d’être un jour "dépendante", le coût des maternités devrait reposer sur des assurances privées et plus sur la solidarité nationale.
Autre variante : pour un ouvrier du bâtiment, le fait d’avoir un accident du travail étant statisqtiquement beaucoup plu pévisible que le fait d’être un jour une "personne âgée dépendante", la prise en charge des accidents du travail devrait reposer sur des asurances privées... Etonnant que le Medef n’y ait pas encore pensé.

Mais revenons surtout sur l’affirmation de cette prévisibilité de la "dépendance". La "dépendance", quand on est âgé, serait prévisible. Qu’en est-il en réalité ? Les études nous indiquent que sont en situation de "dépendance" 7 % de la population des personnes de plus de 60 ans, et un peu moins de 20 % des personnes de plus de 85 ans. Et plus de 60% des personnes de plus de 90 ans ne sont pas en situation de "dépendance".

Affirmer ainsi, pour des raisons économiques ou idéologiques, une contre-vérité qui renforce tous les clichés et stéréotypes sur "vieillissement = maladie ou dépendance", est intellectuellement malhonnête et socialement criminel. La première décision d’une "opération bientraitance", de la part des politiques, consisterait à cesser de répandre de tels mensonges.

Rappelons enfin que la très grande majorité des maladies et handicaps (qui créent les situations dits de "dépendance") qui frappent les personnes de 80 ou 90 ans les frappent à ces âges-là parce qu’elles ne les ont pas frappées avant... Et que la majorité des vieilles personnes gravement malades ou handicapées le sont parce qu’elles ne l’ont pas été lorsqu’elles étaient plus jeunes.

Perversion : il vaudra mieux, dans les années à venir, si l’on veut être soigné et aidé sans ruiner sa famille, être malade ou handicapé avant 60 ans !

Par exemple,n juste après avoir été viré de sa boîte par un sinistre et méchant champignon à particule comme le directeur de l’UNEDIC. Voir ici les fulgurances intellectuelles du monsieur.

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